Déclaration de la Conférence des Doyens d'UFR de Lettres sur la mastérisation

Publié le par CDUL

Déclaration de la CDUL sur les projets de réforme de la formation des enseignants.

16 décembre 2009


Les changements et décisions intervenus en mai-juin 2009, suite à une longue période de blocage et de crise subie par les universités, ouvraient la voie à un réexamen complet du projet de rénovation de la formation des enseignants, à l’élaboration collective d’un projet à la fois ambitieux et réaliste, et surtout partagé. Cette démarche a vu progressivement se restreindre ses perspectives de réussite, à la suite d’une série de décisions unilatérales refermant progressivement les marges de réflexion des instances de concertation mises en place : décrets de l’été 2009 sur les conditions d‘accès au recrutement, feuille de route des groupes techniques, décisions sur les stages.

Les premiers éléments d’orientation communiqués le 13 novembre, puis les projets de texte de cadrage sur les masters diffusés ces derniers jours confirment la volonté des ministères concernés d’imposer un schéma exclusivement fondé sur les options affichées il y a un an, et qui ont conduit à la crise que l’on sait, au risque de reproduire celle-ci. La communauté universitaire, qui, en tant qu’acteur majeur de ces formations, avait pris ses responsabilités en développant un ensemble de propositions cohérentes et réalistes, se voit ainsi notifiée une fin de non-recevoir, et réduite au rang d’exécutante.

 

Le résultat, tel qu’il apparaît à travers les informations et documents disponibles, est un schéma de master très éloigné des critères et des exigences qualitatives propres à ce type de formation et faisant peu de cas des réalités de terrain. De manière plus inquiétante, les formations qui seraient construites sur ces bases porteraient en elles des risques majeurs pour les étudiants, la qualité et la cohérence du corps enseignant, donc les usagers du système éducatif, et les universités, sans oublier l’impact social désastreux du dispositif envisagé.

 

– Le cadre proposé ne peut déboucher que sur des cursus incohérents, tant par la désarticulation des contenus de formation que par les interférences entre calendrier des concours et calendrier universitaire, qui conduisent à une seconde année constituée de séquences en désordre et sans lien, aux allures de patchwork, réduisant ce qui relève du master universitaire à la portion congrue. L’incompatibilité de ce schéma avec toute ouverture internationale, en particulier sous forme de mobilité, est de plus patente.

­ – L’accumulation des exigences en direction des étudiants semble déraisonnable : préparation à un, voire deux concours, validation des enseignements de master, réalisation d’un travail de recherche (condition d’un accès ultérieur au doctorat), stage correspondant à six semaines d’emploi temps plein, préparation à une insertion professionnelle alternative… Elle rend de fait ces formations inaccessibles à la plupart des étudiants, ne serait-ce qu’en termes de gestion du temps, dans un calendrier très contraint.

– La conséquence en sera inéluctablement soit une dissociation dans le temps du master et du concours, donc un allongement du temps de formation défavorable aux étudiants aux ressources modestes; soit un contournement par d’autres masters, qui ajoutera à cet inconvénient celui de produire, en cas de réussite au concours, des enseignants totalement dépourvus d’expérience du milieu scolaire, avec les effets que l’on peut imaginer pour les élèves en difficulté.

– Le calendrier de concours est appelé de plus à générer des préparations extra-universitaires par nature socialement sélectives, quand il ne prive pas les étudiants de ressources financières liées aux périodes de vacances ; il apparaît dès lors que ce dispositif exclut de fait du recrutement certaines catégories sociales, et ne peut répondre à l’objectif majeur d’un corps enseignant en adéquation avec la diversité de notre société.

– La représentation des masters sur laquelle reposent les projets ministériels actuels apparaît par ailleurs totalement déconnectée de la réalité : la notion de master « généraliste » est ainsi en contradiction même avec le concept de master, celle d‘assortir tous les masters d’un parcours « enseignement »  n’est pas moins absurde.

– Ces projets, qui induisent un effacement de fait de la dimension professionnelle des métiers de l’enseignement scolaire, semblent enfin nier une évidence de bon sens : « enseigner est un métier qui s’apprend ».

 

L’ensemble du dispositif ne peut donc faire l’objet que d’un rejet sans appel par l’ensemble de la communauté universitaire.

 

 

 

Pour le Bureau de la CDUL

Jacques MIGOZZI, président

Publié dans Actualités nationales

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